morne

1. morne [ mɔrn ] adj.
• 1138 murne; frq. °mornôn « être triste », cf. angl. to mourn; ou de l'adj. morné « (sentiment) émoussé »
1(Personnes) Qui est d'une tristesse morose, allant jusqu'à l'abattement. abattu, sombre, triste. Morne et silencieux. taciturne. « inquiète de le voir si morne » (Sand). Par ext. « Son visage reprenait sa morne immobilité » (Zola).
2(XVIe ) Triste et maussade. Temps morne. « Waterloo ! morne plaine » (Hugo). « Une vie morne et sans éclaircie » (Maupassant). monotone, 1. terne. Sans animation, sans intérêt. 1. plat. « La conversation resta morne » (A. Gide).
⊗ CONTR. Ardent, gai. morne 2. morne [ mɔrn ] n. f.
• 1478; de morner; cf. morné
Anneau qui servait à rendre la lance inoffensive. 1. frette. morne 3. morne [ mɔrn ] n. m.
• 1640; mot créole des Antilles; altér. esp. morro « monticule »; cf. morion
Dans les îles (Réunion, Antilles), Petite montagne arrondie, isolée au milieu d'une plaine d'érosion. inselberg, pédiment. « l'île, avec ses mornes surmontés de leurs pitons » (Bernardin de Saint-Pierre).

morne adjectif (francique mornôn, être triste) Qui est empreint d'une sombre tristesse : Un homme morne. Un regard morne. Qui, par sa monotonie, inspire la tristesse : Une morne plaine. Une vie morne. Qui est sombre et maussade : Un ciel morne. Qui est terne, sans éclat : Style morne.morne (homonymes) adjectif (francique mornôn, être triste) morne nom féminin morne nom masculinmorne (synonymes) adjectif (francique mornôn, être triste) Qui est empreint d'une sombre tristesse
Synonymes :
- déprimé
- prostré
- ténébreux (littéraire)
Contraires :
- enjoué
- gai
- réjoui
Qui, par sa monotonie, inspire la tristesse
Synonymes :
- funèbre
Contraires :
Qui est sombre et maussade
Synonymes :
Contraires :
- coloré
- éclatant
Qui est terne, sans éclat
Synonymes :
- déprimant
- désespérant
- éteint
Contraires :
- vif
morne nom féminin (ancien français morné, émoussé) Anneau épais, sorte de frette dont on habillait le fer de la lance de joute. ● morne nom masculin (mot créole, de l'espagnol morro, monticule) Aux Antilles, toute hauteur de forme arrondie. ● morne (homonymes) nom féminin (ancien français morné, émoussé) morne adj. ; n. m.morne (homonymes) nom masculin (mot créole, de l'espagnol morro, monticule) morne adj. ; n. f.

morne
n. m. Colline ronde et isolée dans les Antilles, la Réunion et l'île Maurice. Habiter sur le morne.
|| Loc. (Antilles fr.) Tête de morne: sommet d'une colline.
————————
morne
adj.
d1./d Abattu, morose; empreint d'une sombre tristesse. Un homme, un air morne.
d2./d Qui engendre la tristesse; maussade, terne. Pays, ciel morne. Existence morne.

I.
⇒MORNE1, adj.
A. — [Appliqué à une pers.] Qui est dans un état d'abattement, d'ennui ou de tristesse se manifestant par un manque de vitalité et une tendance plus ou moins marquée au mutisme. Je suis morne toujours. Je n'ai plus d'exaltations, plus de ferveur. Hier je n'ai pas eu la force de souffrir de Pelléas. La vie de caserne est affreuse et les jours ne passent pas. Je pense à toi avec lassitude (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p.289). Une foule morne qui piétinait dans le noir sans rien dire et sans se bousculer, ce qui m'impressionna beaucoup car à Naples la foule est habituellement gaie et bruyante et portée à la chanson (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p.162):
1. L'homme en qui s'exagéraient ordinairement les sentiments du bord, pénibles ou joyeux, Paganel, lui qui au besoin eût inventé l'espérance, Paganel demeurait morne et silencieux. On le voyait à peine. Sa loquacité naturelle, sa vivacité française s'étaient changées en mutisme et en abattement. Il semblait même plus complètement découragé que ses compagnons.
VERNE, Enf. cap. Grant, t.3, 1868, p.207.
[P. méton.] Qui exprime, traduit cet état, ou se traduit, est accompagné par cet état.
♦[En parlant d'un aspect de la pers., d'une manifestation de son comportement] Air, sourire morne; silence morne. Il apportera donc à sa femme un regard morne, une humeur sombre, un front morose, tout ce qui caractérise un mari qui aime ailleurs que chez lui (PONSON DU TERR., Rocambole, t.2, 1859, p.252).
♦[En parlant d'un sentiment, d'un état physique ou psychique] Un morne désespoir; un morne ennui; une morne fatigue. Ils se remirent en marche, ayant dans leur allure le morne accablement des bêtes de somme (MOSELLY, Terres lorr., 1907, p.2):
2. Il n'y avait plus rien sur ce visage impénétrable et simple comme le granit, qu'une morne tristesse. Toute sa personne respirait l'abaissement et la fermeté, et je ne sais quel accablement courageux.
HUGO, Misér., t.1, 1862, p.252.
Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. [Certains fous] passés à l'état de pierre stupide au fond de laquelle suinte quelque chose qu'on ne voit pas et qui est le désespoir et l'insanité. — Leur immobilité est d'un morne qui fend le coeur. Ils révèlent l'éternité du supplice par l'immobilité rigide de la pose (BARB. D'AUREV., Memor. 3, 1856, introd., p.62).
B. — [Appliqué à une chose] Qui provoque un état de lassitude, d'ennui par son uniformité, son absence d'intérêt, son manque d'éclat. Synon. ennuyeux, monotone; gris, terne, maussade. Vie, existence, travail morne; temps, ciel morne; paysage, ville, plaine morne; couleur, ton morne; style morne. Le travail que n'illumine pas le sens du divin est triste et sans but; il tourne aisément à la corvée morne, au pensum, quelle que soit sa nature (L. DAUDET, Homme et poison, 1925, p.9). Ce fut une journée morne, triste. Il faisait très chaud. Un temps sourd, de peu de lumière, aux nuées basses (BOSCO, Mas Théot., 1945, p.160):
3. La campagne... morne, dans la nuit morne... L'immense campagne... Quelle désolation uniforme!.. rapide, dans les vastes espaces de silence, le petit char glisse sur la route déserte entre les bras noirs des sapins!...
G. LEROUX, Roul. tsar, 1912, p.164.
REM. Mornement, adv. D'une manière morne. Le poème de la matière marche, lourd et lent comme une charrue. Courbet la poussera jusqu'à l'extrémité de son large sillon unique, qui luit mornement comme un sol humide et chauffé (FAURE, Hist. art, 1921, p.188).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1140 murne agn. «abattu par la tristesse (en parlant d'une personne)» (GEIFFREI GAIMAR, Hist. des Anglais, éd. A. Bell, 2536); ca 1160 morne «id.» (Enéas, 8398 ds T.-L.); 2. 1181-90 «empreint d'une sombre tristesse (en parlant du visage, etc.)» (CHRÉTIEN DE TROYES, Conte du Graal, éd. F. Lecoy, 7785); 3. a) 1549 temps morne (EST.); b) 1572 [éd.] couleur morne (AMYOT, Œuvres morales et meslées de Plutarque, t.1, p.74). Prob. issu d'un anc. verbe morner, v. morné.
STAT.Morne1, 2 et 3. Fréq. abs. littér.:2384. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 2167, b) 4477; XXe s.: a) 5435, b) 2620.
II.
⇒MORNE2, subst. masc.
[Principalement dans une île ou sur un littoral] Colline, montagne. Un gros morne la termine [une île] à chacune de ses extrémités; et un pic, ou plutôt un volcan, à en juger par sa forme, s'élève au milieu (Voy. La Pérouse, t.3, 1797, p.96). Aux Gonaïves, près du Port-au-Prince. On voit une habitation en ruine sur les flancs élevés d'un morne qui domine une rade (LAMART., T. Louverture, 1850, I, 1, p.1263). Le côté de l'est est barré par de hauts mornes ferrugineux qu'enserre et couronne le bleu de la mer (T'SERSTEVENS, Itinér. esp., 1933, p.88).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1798. Étymol. et Hist. 1640 (BOUTON, Relation de l'establissement des François depuis l'an 1635 dans l'Isle de la Martinique, p.30). Mot du créole des Antilles qui s'est répandu ensuite aux créoles de la Réunion, d'Haïti et de la Martinique, d'orig. incertaine (cf. FEW t.21, p.15a). Peut-être issu, par altération, de l'esp. morro «monticule, rocher» (1591 ds COR.-PASC.) qui représente un type murrum, du rad. prérom. murr-, v.moraine et morion1. Cf. BL.-W.1-5 et CHAUDENSON, Le Lex. du parler créole de la Réunion, t.1, p.619. Fréq. V. morne1. Bbg. DULONG (G.). Le Mot morne en canad. fr. In:Congrès Internat. Des Sc. Onom. Wien, 1969, t.1, pp.255-258.
III.
⇒MORNE3, susbt. fém.
HIST. DES ARM. (Moy. Âge). Anneau utilisé pour garnir la pointe d'une arme courtoise et la rendre ainsi moins meurtrière. On attachait des mornes à l'extrémité des fers des lances dont on faisait usage dans les tournois, pour empêcher ces fers de pénétrer dans les défauts de la cuirasse, et pour les rendre par conséquent, moins dangereux (HAVARD 1890).
Prononc.: []. Étymol. et Hist. 1. 1478 «virole de fer» (DOUËT D'ARCQ, Comptes de l'Hôtel des rois de France, p.353); 2. 1479 «anneau servant à rendre la lance inoffensive» (ARNAUD D'AGNEL, Comptes du roi René, t.1, p.395). Dér. régr. de morné «émoussé» (v. ce mot). Fréq. V. morne1.

1. morne [mɔʀn] adj.
ÉTYM. 1138, murne; d'un francique mornôn « être triste »; cf. angl. to mourn; ou (P. Guiraud) de l'adj. morné « émoussé (d'un sentiment) », fig. de morné « émoussé (d'une lance) », d'un dér. du lat. mora « garde d'épée », lat. morari « arrêter ».
1 Personnes. Qui est d'une tristesse morose, allant jusqu'à l'abattement. Abattu, mélancolique, sombre, triste. || « Sombre est positif, il marque une disposition active du sujet… Morne est négatif et dépeint le sujet dans une disposition toute passive, dans l'accablement (…) dans une espèce de stupeur ou de stupidité » (Lafaye, Dict. des synonymes, p. 956). || Morne et silencieux. Taciturne. || Languissant (cit. 2) triste et morne.Par métonymie. || Morne tristesse (→ Aride, cit. 3). || Morne désespoir (→ 2. Idéal, cit. 8).(Avec un subst. de contenu positif, stylistique). || Une morne douceur (→ Bétail, cit. 4).(V. 1175). Par ext. En parlant de l'apparence, du comportement. || L'œil morne et la tête baissée (cit. 8). || Yeux, regards mornes. Atone (cit. 1), éteint (→ Hâve, cit. 3). || Attitude morne (→ Contraint, cit. 2). || Morne silence (→ Licence, cit. 6). || Morne immobilité (cit. 1). || Air morne.
1 Les chiens se rangèrent près d'eux,
Tristes, humiliés, mornes, l'oreille basse,
Plaignant, sans l'excuser, leur frère malheureux.
Florian, Fables, V, 18.
2 Il mit sa tête dans ses deux mains, et il fut impossible à la petite Marie de savoir s'il pleurait, s'il boudait ou s'il était endormi. Elle fut un peu inquiète de le voir si morne et de ne pas deviner ce qui roulait dans son esprit.
G. Sand, la Mare au diable, XI.
2 (XVIe). Choses. Triste et maussade. || Ciel morne (→ Lumière, cit. 7). || Temps morne : temps triste, obscur, couvert. || Une morne matinée de février. || Morne horizon (→ Capitaine, cit. 6, Hugo). || « Waterloo ! morne plaine » (→ Bataillon, cit. 5, Hugo). || La fixité (cit. 2) un peu morne du beau temps, monotone, ennuyeuse. || Chaleur, torpeur morne (→ Escargot, cit. 4). || De mornes solitudes (→ Franchir, cit. 20). || Une ville, un quartier, une rue morne. || Morne mobilier (→ 2. Être, cit. 32). || Couleur morne, sans vivacité ni éclat (→ Étriqué, cit. 5).
3 Qui n'a point vu, aux tristes jours d'hiver
Froids et obscurs, la terre morne et sombre,
Pleine de nuit et d'une mauvaise ombre,
Où le Soleil ne se daigne lever ?
Ronsard, Pièces retranchées, « Mascarades et bergeries, Sonnet Prince de Condé ».
4 Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes (…)
Hugo, les Rayons et les Ombres, XXXIV.
5 En entrant, je trouvai une longue salle déserte et morne, que le jour éblouissant de trois grandes fenêtres sans rideaux fait plus morne et plus déserte encore.
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, « Les deux auberges ».
Journée morne (→ Madeleine, cit. 1). || Vie, existence morne. Terne, vide (→ Éclaircie, cit.).
6 Ce fut une journée morne, pendant laquelle chacun fut triste, et réprima des pensées ou des pleurs.
Balzac, la Recherche de l'absolu, Pl, t. IX, p. 622.
(En parlant de la parole, des œuvres littéraires, artistiques). || Morne conversation, morne discussion, sans animation, sans intérêt, sans éclat. || Style morne et plat, terne, qui manque d'expressivité. Décoloré. || Tragédie qui se termine par une morne hécatombe (cit. 7).
7 La conversation resta morne; chacun de nous manquait d'élan.
Gide, Journal, 3 juin 1905.
REM. L'adj. peut être antéposé ou postposé.
CONTR. Ardent, éclatant, ensoleillé, gai, joyeux.
DÉR. Mornement.
————————
2. morne [mɔʀn] n. f.
ÉTYM. 1478; de morner.
Archéol. Anneau dont on garnissait la pointe d'une lance pour la rendre inoffensive. Frette.Blason. Anneau figuré à la pointe d'une lance, d'un huchet…
————————
3. morne [mɔʀn] n. m.
ÉTYM. 1640; mot créole des Antilles; altér. de l'esp. morro « monticule » (→ Morion) ou (P. Guiraud) « montagne émoussée ». → Morner.
Petite montagne isolée, de forme arrondie, dans les îles (Antilles, Réunion).
0 De ce lieu, on voit une grande partie de l'île, avec ses mornes surmontés de leurs pitons (…)
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, p. 84.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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